
 omment
s'assurer de l'assiduité des pratiquants lors d'un stage ? Précisément
lorsqu'il se déroule dans un lieu où il n'y a rien d'autre
à faire qu'avoir les pieds sur un tatami, sauf si, bien sûr,
la traque des lapins à ski de fond vous tente. Levier ressemble étrangement
à ce genre d'endroit. On ne s'étonnera donc pas que ce stage
soit devenu incontournable pour les pratiquants de Katori Shintô Ryu,
tant la rudesse du pays est à l'image de l'exigence de l'école,
surtout sous la direction des maître Alain Floquet et Yukihiro Sugino.
Ceux qui espéraient étudier les armes longues
(Bo Jutsu, Naginata Jutsu) n'ont pas été déçus,
puisque, durant cette semaine, il n'a été question presque
exclusivement que de Ken Jutsu. Le grand nombre de débutants n'explique
pas tout. Il y avait pour certains un manque visible d'attention portée
aux remarques de Maître Sugino.
  ous
les matins, les cours commençaient par une interminable, mais non
moins utile, séance de gardes et de frappes (Maki uchi, Men, Do,
Sune). Précisons que le moment des gardes est aussi attendu que redouté,
tant il apparaît interminable, surtout dans les gardes et positions
les plus confortables, comme le O Gasumi ou encore le Ko Gasumi. Après
d'interminables minutes, au cours desquelles le "Shimeru" se relâche
inexorablement, on se fait corriger individuellement pour une main placée
un centimètre trop haut ou trop bas, ou pour un regard qui plonge
dans celui du Maître au lieu d'affronter celui du partenaire pour
prévenir une improbable attaque.
Il est clair que cette approche formelle peut rebuter
le débutant et agacer l'ancien, mais elle est certainement une
étape nécessaire, notamment pour la maîtrise des katas.
Maître Sugino a beaucoup insisté sur la décomposition
des katas en plusieurs phases et sur le respect de la forme de corps la
plus adéquate à adopter. Sans une maîtrise péliminaire
des gardes, il ne semble pas envisageable d 'exécuter correctement
le kata. Maître Floquet lance cette question : "Qu'est-ce qu'un
kata ?". On voit bien que l'insistance sur leur exécution,
qui est à la base de notre pratique, nourrit largement une interrogation
sur leur propre nature, qui finalement comporte deux enjeux intrinsèquement
liés. Comment respecter l'académisme de la forme tout en
préservant la vitalité de l'exécution ? Comment refaire
un kata comme s'il s'agissait perpétuellement de la première
fois, tout en corrigeant ses erreurs ?
 près
la séance matinale, les plus téméraires s'enivreront
d'un détergent local encore peu identifiable à ce jour,
même pour ceux qui le sirotent, si ce n'est par sa prestigieuse
appellation de "vin européen" et qui risque probablement
de vous tourmenter quelque peu l'après-midi ; la pratique restant
encore le meilleur remède pour soigner les crampes d'estomac.
Au moins, vous pourrez, dans ce cas, voir Maître
Sugino pratiquer en chemise canadienne, ce que j'interprète comme
une provocation des plus policées à l'encontre des bûcherons
du Chambara qui s'efforcent d'entretenir l'industrie du bokken pour le
plaisirs d'entendre du bois claquer.
C'est bien connu, plus ça claque, plus ça fait mal ! Malheureusement,
l'essence de l'école n'est pas tant la voie du shinaï que
celle du ken. Contrairement à ce chemin de traverse, le stage de
Levier est l'occasion idéale de découvrir ou d'approfondir
l'essence même du Katori Shinto Ryu.
 es
soirées sont occupées par des projections de classiques
japonais, organisées par Christian, dont nous avons pu apprécier
un échantillon de sa vidéothèque (de la Forteresse
cachée à Baby cart). Et d'une sortie dans une auberge où
nous étions quelques-uns à enfourner les plats les uns après
les autres
Avec de la chance, vous pourrez également profiter
de la perspicacité étymologique du gérant. Il nous
a fait entre autre, une démonstration tonitruante de l'origine
du terme Aikibudo, dans le style :
" le Aï " parce que ça fait très mal quand
la sagesse du Boudha (Budo) est troublée après avoir bu
un kir (Ki).
Vous l'aurez compris, des soirées hautes en couleurs et instructives
au sens large !
Le stage de Levier est bel et bien un moment privilégié
pour tout pratiquant de Katori Shintô Ryu. Que Maître Floquet
et Maître Sugino en soient remerciés.
Charles Edouard, un débutant.
|